Des surprises de l’exploration cosmique…

La comète de Rosetta (2)

La comète Churyumov-Gerasimenko, photographiée le 20 août 2014 par la sonde Rosetta. Photo ESA

12 juillet 2014. Comme beaucoup de passionnés – astronomes amateurs ou professionnels – ou de simples curieux, j’attends. Ces images vont arriver, c’est sûr, là, bientôt. Aujourd’hui ? Je surveille ma messagerie… Dix ans que nous attendons. Si tout va bien, dans les mois qui viennent, me dis-je, nous allons vivre l’un des plus fantastiques épisodes de l’odyssée spatiale : l’atterrissage de la sonde spatiale Rosetta sur la comète Churyumov-Gerasimenko. Dix ans ? Non, beaucoup plus, en fait… Les images que nous attendons, au fond, les astronomes ont commencé à en rêver voici près de trente ans, en 1986… À l’époque, pour la toute première fois, l’homme, métaphoriquement, s’approchait d’une comète : la sonde spatiale Giotto croisait la comète de Halley à moins de mille kilomètres de distance, prenant des photos de l’astre glacé avant que sa caméra ne rende l’âme, vaincue par les impacts de poussière projetés par la comète…

Depuis, les astronomes, ou les planétologues, si l’on préfère, ces chercheurs spécialisés dans l’étude des astres du système solaire, ne rêvaient que de retourner voir de près une comète… Mission accomplie par les sondes américaines DeepSpace One, Stardust et Deep Impact, qui ont croisé les orbites des comètes Borrelly en 2001, Wild 2 en 2004, Hartley 2 en 2010 et Tempel 1 en 2011. Mais ces passages fugitifs n’ont permis de prendre à la volée que quelques images…

Mais les Européens avaient de bien plus grandes ambitions, et ils ont pris leur temps. Après le succès de Giotto, dès la fin des années 1980, ils ont rêvé, avec le projet Rosetta, de poser un module spatial sur une comète ! Un véritable défi qui sera relevé, peut-être, après un quart de siècle de travail et dix ans de voyage interplanétaire, car la sonde Rosetta a quitté la Terre en 2004.

Ce 12 juillet, j’ai une pensée amicale pour Sylvain Lodiot, que nous avions rencontré en décembre dernier à Darmstadt, en Allemagne, pour l’émission Entre Terre et ciel diffusée le jeudi 11 septembre 2014… Sylvain, c’est, en quelque sorte, le « pilote » de la sonde Rosetta. Cet ingénieur passionné n’a jamais sous-estimé les difficultés de sa mission… S’approcher et se mettre en orbite autour d’un corps céleste quasiment dénué de champ de gravité, une première gageure… En effet, la comète ne pèse que dix milliards de tonnes. À sa surface, un astronaute avec son scaphandre ne pèserait qu’un gramme ! Et s’il n’y avait que cela ! La comète Churyumov-Gerasimenko, s’approchant progressivement du Soleil, va entrer en activité : des « geysers » de glace et de poussière expulsant dans l’espace une grande quantité de particules qui pourraient mettre la mission en danger… Et enfin… Sylvain Lodiot sait déjà qu’une fois en orbite autour de la comète, le plus difficile restera à faire : poser à sa surface le petit module Philaé, qui devrait, en novembre, nous faire découvrir, pour la première fois, le paysage de science-fiction d’une comète… Pendant le voyage de dix ans de Rosetta à la rencontre de la comète, les astronomes ont beaucoup étudié sa cible cosmique, et en ont dressé un portrait-robot rassurant : Churyumov-Gerasimenko, pensaient-ils, était une comète de forme oblongue et régulière, un astre idéal pour y poser sans encombre le module Philaé emporté par la sonde Rosetta.

Las ! Ce 12 juillet, enfin, les premières images de Rosetta filtrent dans le milieu de l’astronomie, et là… Surprise ! La comète Churyumov-Gerasimenko se révèle un astre double, sorte de surréaliste et monstrueuse haltère cosmique ! Ce gigantesque iceberg, qui mesure environ quatre kilomètres, est couvert de reliefs – à son échelle, bien sûr – monstrueux… Montagnes « immenses », pinacles vertigineux et glacés, crevasses abyssales, blocs erratiques jetés sur une surface bouleversée par des millions d’années d’érosion… Aucun cratère d’impact ou presque, la surface de la comète étant bouleversée par le rayonnement solaire à chacune de ses approches auprès de notre étoile, tous les six ans et demie. Pour les ingénieurs et chercheurs de l’ESA, cette surprise spectaculaire n’est pas forcément bonne… Poser un module sur un astre aussi chaotique va être très, très compliqué… Mais, bien sûr, c’est là, aussi, tout le sel de l’exploration… Aujourd’hui, les astronomes et les ingénieurs de l’ESA cherchent le meilleur ou le moins mauvais « spot » d’atterrissage pour leur module. Il sera officiellement annoncé dans quelques jours. D’ici là, progressivement, Sylvain Lodiot et ses collègues vont approcher la sonde Rosetta de la surface de la comète…

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