La sonde Voyager 1 a été vue depuis la Terre !

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Dans mon dernier billet, je vous invitais à contempler, dans le ciel du soir, l’invisible sonde Voyager 1 s’échappant du système solaire… Il s’agissait bien sûr de l’observer en imagination, la sonde, minuscule, distante de près de 19 milliards de kilomètres et plongée dans l’obscurité interplanétaire étant, bien sûr, absolument, totalement, définitivement invisible. Je me suis amusé à calculer, très approximativement, l’éclat de Voyager 1, éclairée par un bien pâle et lointain Soleil. Magnitude 45. Ce chiffre abscons ne parlera guère qu’aux astronomes ; c’est une luminosité, si j’ose écrire, incroyablement, invraisemblablement faible… Petit aparté : la magnitude est la mesure de l’éclat d’un astre, une mesure aussi naturelle à l’astronome que le mètre ou le kilogramme pour nous. Inutile d’entrer dans les détails, disons seulement qu’une magnitude de 45 est absurde pour un astronome, les télescopes géants d’Hawaï ou du Chili atteignent péniblement 30, et 45, c’est… un million de fois plus faible encore… Dites à un astronome que son futur super télescope géant, dans dix ans, atteindra la magnitude 35, il se pâmera d’aise, mais 45, il haussera les épaules : ce chiffre est absurde. Bref, je ne prenais guère de risque en affirmant que la sonde Voyager 1 est invisible…

Sauf que… Tout dépend de ce que l’on entend par « invisible ». Saint-Exupéry avait raison, quoique dans un tout autre contexte, de proclamer que « l’essentiel est invisible pour les yeux ». Et les astronomes américains en apportent la preuve brillante en présentant aujourd’hui… une image de Voyager 1 ! Eh oui, cette tache bleue elliptique, c’est la sonde de la Nasa, observée avec le réseau interférométrique VLBA, à 4 centimètres de longueur d’onde. Le signal radio a été converti en image : le rayonnement radio, en effet, est de même nature que la lumière que nous percevons, seule la longueur d’onde et l’énergie qu’elle véhicule diffère. Quatre centimètres, c’est une longueur d’onde cent mille fois plus longue que les 0,5 micromètre auquel est sensible notre œil, pour simplifier. Le réseau VLBA a donc été dirigé vers la constellation d’Ophiuchus et a détecté le faible signal radio émis régulièrement par l’antenne de la sonde. La puissance d’émission de Voyager 1 est minuscule – 22 watts, c’est la puissance de la lampe qui éclaire votre réfrigérateur ! – mais elle est cependant largement suffisante pour être détectée par un puissant radiotélescope. Bien sûr, l’image radio de Voyager 1 est petite et floue, le VLBA étant, à une telle distance, incapable de saisir le moindre détail sur la sonde, qui n’apparaît que comme une tache. Sa forme oblongue n’a d’ailleurs rien à voir avec la sonde, c’est la forme naturelle de la tache de diffraction donnée par le VLBA, qui reflète la forme de son réseau d’antennes.

Il est probable que les astronomes continueront, année après année, à suivre Voyager 1 dans son odyssée aux confins du système solaire. Hélas, cela ne durera pas, car la puissance de son émission baisse régulièrement. En effet, non seulement la sonde s’éloigne, mais en plus son générateur d’énergie, une pile à combustible nucléaire, s’affaiblit d’année en année. Les ingénieurs américains espèrent pouvoir détecter Voyager 1 avec leurs antennes jusqu’en 2025 environ. A cette date, la sonde se trouvera à 30 milliards de kilomètres de la Terre

Ah, au fait, ce réseau VLBA, qu’est-ce que c’est, une grande antenne radio ? Oui et non… Le VLBA – Very Long Baseline Array – est un réseau de… vingt-cinq antennes de 25 mètres de diamètre chacune, distribué sur la moitié de l’hémisphère boréal, depuis les îles Vierges, dans l’océan Atlantique, jusqu’à Hawaï, dans l’océan Pacifique. Les ingénieurs américains ont réussi à observer Voyager 1, mais ils ont dû pour cela mobiliser un télescope virtuel grand comme la planète Terre

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