Mission Rosetta, la décade prodigieuse

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La surface tourmentée de la comète Churyumov-Gerasimenko, photographiée par la sonde Rosetta. Photo ESA.

6 528 570 884 km… C’est la distance qu’a parcourue la sonde européenne Rosetta depuis son lancement, le 2 mars 2004. Le temps que vous lisiez cette ligne, la sonde aura rajouté 50 km à son surréaliste compteur… Prodigieuse odyssée que celle qu’a réalisée Rosetta en une décennie. Dans le vide, essentiellement, mais pas seulement, car sur son chemin, la sonde a fait quelques rencontres…

En effet, c’est à un ballet d’une surréaliste lenteur mais d’une vertigineuse précision que s’est livrée la sonde avec le Soleil et ses planètes afin d’arriver à l’heure à son rendez-vous avec la comète Churyumov-Gerasimenko.

Car il a donc fallu dix ans, et une distance parcourue de plus de six milliards de kilomètres, à la sonde, pour confondre exactement sa trajectoire avec celle de la comète, un exploit technique réalisé par les ingénieurs de l’Agence spatiale européenne, qui ont joué de la loi de la gravitation universelle comme d’une céleste partition.

Sur sa trajectoire, Rosetta a croisé la planète Mars avant de revenir vers la Terre et de s’appuyer sur son champ de gravité pour repartir de plus belle, accélérée, d’abord vers le petit astéroïde Steins, qu’elle a croisé de loin, à plus de 800 kilomètres, nous révélant pour la première fois l’étrange forme en gueule de requin de ce caillou céleste, puis vers le grand astéroïde Lutetia, dont elle a livré des photographies d’une extraordinaire précision.

Chacune de ces rencontres a permis aux scientifiques de vérifier le bon état de leurs instruments, plongés dans le vide glacial de l’espace depuis des années, avant que la sonde, un temps trop éloignée de notre étoile pour pouvoir fonctionner avec ses panneaux solaires, soit plongée en hibernation, plus de deux ans durant…

Au début de l’année, à l’approche du Soleil, Rosetta a été progressivement réveillée et a continué sa longue route vers la comète Churyumov-Gerasimenko, insensible aux efforts déployés par l’humanité pour se rapprocher d’elle…

Rosetta est une sonde de plus de deux tonnes et d’une vingtaine de mètres de diamètre avec ses panneaux solaires déployés, qui a été lancée par une fusée européenne Ariane 5 depuis la base spatiale française de Kourou. À bord de la sonde, bien sûr, des caméras et des instruments d’analyse. J’ai une tendresse particulière pour la caméra Osiris, qui est en fait un télescope de 90 mm de diamètre et de 700 mm de focale, c’est à dire de la puissance d’un tout petit instrument d’amateur. Modeste en apparence, car Osiris, pointé vers la surface de la comète à une dizaine de kilomètres de distance, peut photographier le moindre détail de sa surface, des blocs de glace de seulement 50 centimètres pouvant être repérés dans ce paysage extraterrestre… Enfin, Rosetta embarque à son bord un petit module, Philaé, mesurant un mètre et pesant cent kilos, module destiné à se poser sur la comète Churyumov-Gerasimenko, dans quelques jours, le 12 novembre 2014. Aujourd’hui, la sonde tourne lentement autour de la comète, la photographiant sous toutes les coutures, à moins de dix kilomètres de distance. Jamais une comète n’avait été approchée d’aussi près, jamais des images d’une aussi incroyable précision n’avaient été prises : la mission Rosetta est d’ores déjà l’un des plus grands succès de l’histoire de l’exploration spatiale et ceci avant même le point d’orgue de sa mission, l’atterrissage de Philaé à la surface de la comète Churyumov-Gerasimenko.

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